mardi 20 juillet 2010

Les dents de la rivière

Le peuple shiwiar (voir message précédent) n´a que de rares contacts avec le monde moderne. Parmi les nombreuses activités qui rythment leur quotidien, la chasse à la sabarcane est celle qui nous surprend le plus. Un art dans lequel notre guide, Pancho, excelle.

Les flèches sont taillées dans le stipe d´un palmier, localement appelé iñayua. Une boule de coton est enroulée à une extrémité en guise de stabilisateur et les premiers centimètres de la flèche sont enduits d´un poison 100% naturel, dont le secret de fabrication est gardé par les indigènes péruviens. Enfin, une encoche est finement ciselée sous la partie envenimée : la pointe de la flèche restera ainsi plantée dans la chair de l´animal visé.

Pour tailler cette encoche, Pancho utilise les dents d´un piranha. Ce nom cache en réalité plusieurs genres de poissons carnivores d´eau douce, rendus célèbres en Amazonie par leurs dentitions tranchantes comme des lames de rasoir. Avant de partir pêcher l´un de ces poissons à la réputation vorace, Pancho nous assure d´une chose : ces animaux ne sont pas des mangeurs d´homme! Confiants, nous nous mettons à l´eau au milieu des carnassiers... nous n´en ressortirons sans aucune morsure.

samedi 10 juillet 2010

Un singe écureuil

S´enfoncer dans l´Amazonie équatorienne est plus facile sur le papier, à en croire notre guide de voyage, que sur le terrain. Les transports se font plus rares, les coûts augmentent et les lodges de luxe soi-disant"écotouristiques" sont souvent les seules portes d´entrée offertes aux visiteurs. Voyageurs petits budget mais non pressés, nous finissons par trouver notre bonheur : 2 semaines dans la région de Pastaza, à la frontière avec le Pérou, en compagnie des indigènes Shiwiar.

Le peuple shiwiar vit en harmonie avec la jungle environnante et accueille quelques rares voyageurs et quête de nature et de culture. Chasseurs, pêcheurs, cultivateurs mais aussi naturalistes amoureux de leur forêt, les shiwiars savent exploiter les ressources de leur environnement sans jamais le malmener. Pancho est notre guide durant 10 jours et c´est en sa compagnie que nous faisons nos plus belles observations animalières : aras, toucans, tamarins, singes laineux, ou encore le saïmiri (Saimiri sciureus), à l´honneur aujourd´hui.


Svelte, curieux, malin et hyperactif (il ne sait pas poser pour une photo...), le saïmiri a hérité du surnom de singe-écureuil. Pour approcher ce primate, il faut attendre l´heure du repas. C´est à ce moment que les groupes de saïmiris descendent de la canopée et rejoignent les strates basses et moyennes de la forêt, en quête d´insectes, de fruits, de feuilles entre autres petites douceurs culinaires. Un instant parfait pour sortir le téléobjectif !

mardi 29 juin 2010

Des grenouilles au dessus de la tête

Les arbres de la forêt tropicale peuvent dépasser 50 mètres de hauteur ! À l'image d'une maison de plusieurs étages, la forêt s'organise sur plusieurs niveaux. Chaque strate offre des ressources alimentaires et des microhabitats variés. De jour comme de nuit, les espèces se sont donc adaptées à chacune de ces niches écologiques pour se déplacer, se nourrir et se reproduire. Ces multiples spécialisations, spatiales, temporelles, comportementales et alimentaires expliquent en partie la grande diversité animale de ces écosystèmes.


Les grenouilles arboricoles illustrent bien cette stratification verticale de la “jungle”. Certaines espèces de la canopée, pourtant inféodées au milieu aquatique pour se reproduire, se sont complétement déconnectées du sol. Elles trouvent dans les hauteurs des piscines naturelles (cœur d'une broméliacée, cavité d'un tronc...) pour pondre leurs œufs et/ou assurer la survie des têtards.


Pour observer ces amphibiens acrobates, mieux vaut sortir de nuit et balayer avec sa lampe le dessus des feuilles et les branches. Certaines espèces descendent à moins de trois mètres du sol et, avec un peu de chance et de persévérance, se laissent apercevoir : celles des genres Hyla, Agalychnis et Phyllomedusa sont très caractéristiques et les plus photogéniques. L'espèce que nous vous présentons aujourd'hui, repérée vers 23h à la station biologique Jatun Sacha, est une phylloméduse de Vaillant (Phyllomedusa vaillantii).

samedi 19 juin 2010

La mante de la "manta"


Cette nuit là, dans l'espoir d'attirer quelques beaux spécimens de l'entomofaune, nous mettons en place un piège lumineux près de notre cabane, localement appelé “manta”. Le concept est simple : étendre un grand drap blanc entre deux arbres au travers d'un sentier, l'éclairer avec une lampe U.V. et laisser mijoter quelques heures la nuit tombée.
Le résultat n'est pas à la hauteur de nos espérances et bon nombre d'insectes ignorent notre guet-apens. Par ailleurs, notre cabane ne possédant que de simples ouvertures grillagées en guise de fenêtres, des centaines de fourmis ailées envahissent rapidement la chambre et rendent l'expérience infernale.


Toutefois, nous ne terminerons pas la soirée “bredouilles”. Nous capturons dans une boîte en plastique une superbe mante de 15 cm et dès le lendemain, nous nous mettons au travail pour la photographier. De la tête à l'abdomen, la mante est recouverte d'une sorte de bouclier, aux allures de feuille. Cachée sous cette protection cuticulaire se dissimule une arme redoutable : une paire de pattes ravisseuses qui permettent à l'orthoptère d'attraper ses proies, bien souvent d'autres insectes.

Une légende amazonienne raconte que la mante aide à connaître le sexe d'un enfant, en la plaçant près d'une femme enceinte. Si l´insecte ne bouge que les pattes, l'enfant sera une fille; s´il s´échappe, l'enfant sera un garçon!

mercredi 9 juin 2010

Bolitoglossa : un amphibien “reptiloforme”


Jatun Sacha”, en langue locale Kichwa, signifie “la grande forêt”. C'est aussi le nom donné à une ONG équatorienne créée en 1989, impliquée dans des projets de conservation de la biodiversité. L'ONG possède plusieurs stations biologiques dans tout le pays et l'une d'entre elles, située dans une forêt tropicale humide de 2 500 hectares, n'est qu'à 20 km du village de Campo Cocha (voir messages précédents). Ici, les mammifères sont timides mais les petites bêtes abondent, surtout de nuit : criquets-feuille, grenouilles arboricoles, amblypyges, etc.

Le premier soir, à la lumière de nos lampes frontales, nous tombons nez-à-nez avec une drôle de bestiole. Sa forme est celle d'un lézard mais sa peau, visqueuse et sans écailles, est celle d'un amphibien : enfin une salamandre ! (Bolitoglossa equatoriana). Les salamandres amazoniennes appartiennent à la famille des Plethodontidae. Ces amphibiens, contrairement aux anoures (grenouilles, crapauds...), sont dépourvus de poumons et leur respiration est uniquement cutanée : les échanges gazeux se font donc à travers la peau.


Les urodèles restent discrets en forêt tropicale mais cette espèce semble commune aux alentours de la station. En bordure de sentier, nous en décelons une à deux chaque nuit, à hauteur d´homme. Une facilité qui nous étonne encore car après 18 mois passés sous les tropiques, cette salamandre est bien la première que nous photographions !

dimanche 30 mai 2010

Le plus gros rongeur du monde

Avec un mètre de long et un poids de cinquante kilos, le capybara (Hydrochaeris hydrochaeris) est considéré comme le plus gros rongeur du monde. Cette grosse boule de poils, friande de plantes aquatiques, fréquente aussi bien les bords de rivière que les lagunes ou les marais.


Observer un capybara en Amazonie équatorienne est relativement difficile. Nous n'avons d'ailleurs pas encore eu cette chance. Notre première rencontre avec l'Hydrochaeridae se fait en réalité dans le centre de secours pour espèces sauvages Amazoonico, le long du rio Arujano. Ici, les animaux blessés, abandonnés ou issus du trafic illégal, retrouvent une vie paisible. Des volontaires du monde entier apportent leur soutien pour nourrir les réfugiés, entretenir leurs enclos et, lorsque cela est possible, les réintroduire dans leur environnement.


Amazoonico n'est pas la seule structure de ce type que nous ayons visité. Ces centres sont l'occasion d'ouvrir les yeux sur le scandaleux marché des animaux braconnés. Ils offrent aussi l'opportunité d'observer de près des espèces aux habitudes timides, telles l'ocelot ou l'anaconda. Et malgré sa semi-liberté, notre séance photo avec le capybara n'a rien perdu de sa magie.

lundi 24 mai 2010

Du poison à fleur de peau

Notre première motivation à découvrir l'Equateur est avant tout “herpétologique” : nous espérons déceler dans la jungle amazonienne d'étonnantes espèces de reptiles et d'amphibiens. Guidé par Felix, jeune Kichwa du village de Campo Cocha, notre première sortie en forêt comble nos espérances.

En fin de matinée, sous une chaleur écrasante, Marie-Anne discerne sur la litière végétale une minuscule grenouille de 2 cm aux couleurs éclatantes: un dendrobate à ventre tacheté (Dendrobates/Ranitomeya ventrimaculatus). Familiarisés avec le comportement de ces anoures terrestres, nous savons que l'amphibien peut nous échapper en quelques secondes. Nous tentons donc, à l'aide d'une branche, de canaliser ses déplacements pour tenter quelques prises de vue. Cherchant à fuir, le dendrobate saute dans toutes les directions mais termine malencontreusement sa course sur le bras de Marie-Anne : l'occasion parfaite de donner une échelle à notre photo !


La famille des Dendrobatidae regroupe des espèces de grenouilles particulièrement toxiques. Les anglo-saxons ont d'ailleurs l'habitude de les surnommer “poison frogs”. Leurs couleurs très vives ne sont ni plus ni moins qu'un avertissement aux éventuels prédateurs. Ces amphibiens sécrètent par la peau un puissant poison à base d'alcaloïdes, parfois mortel (pour quelques espèces du genre Phyllobates). Ce poison est dangereux lorsqu'il entre en contact avec les muqueuses. Mieux vaut donc éviter de se frotter les yeux ou mettre les doigts dans la bouche sans se savonner les mains au préalable !